Extrait des recommandations et références de l'ANAES publiées en avril 1996.
Toute antibiothérapie est réservée aux infections bactériennes ou présumées bactériennes. La prescription d'antibiotiques n'est pas adaptée pour traiter les aphtes, les lésions virales, et les infections mycosiques.
Avant toute prescription d'antibiotiques en odontologie et en stomatologie, il est important de distinguer une atteinte inflammatoire d'une atteinte infectieuse et d'adapter la prescription au diagnostic.
L'antibioprophylaxie et l'antibiothérapie en odontologie et stomatologie ne sont pas destinées à pallier l'inobservance des règles d'asepsie.
Recommandations
Il n'existe pas dans la littérature de référence scientifique faisant état de graduation de risque infectieux possible. Le groupe de travail a composé une liste de sujets à risque infectieux. Il a proposé de dissocier le risque en deux niveaux:
- le risque A correspondant à un risque de surinfection identifiée localement et/ou de surinfection générale;
- le risque B correspondant à une surinfection liée à une localisation secondaire de la bactérie, et à l'origine d'un nouveau foyer infectieux situé à distance du lieu de l'acte dentaire réalisé.
Cette classification ne présente pas un risque gradué et peut-être adaptée suivant le terrain du patient et/ou la sévérité de la pathologie.
L'antibioprophylaxie doit être de courte durée, si possible limitée à la période peropératoire, 24 heures parfois, jamais plus de 48 heures. L'antibiothérapie est une prescription d'antibiotiques supérieure à 48 heures.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ne doivent pas être prescrits en l'absence d'antibiotiques en cas d'infection bucco-dentaire et/ou cervico-faciale. La douleur doit être traitée par des antalgiques.
Une antibiothérapie n'est pas justifiée chez le sujet présumé sain dans les pathologies suivantes : caries, pulpites aiguës et chroniques, gingivites communes, abcès parodontaux, alvéolites simples, accidents d'éruption des dents temporaires.
Une antibiothérapie n'est pas justifiée chez le sujet à risque infectieux dans les traitements des caries de l'émail et de la dentine.
Il est recommandé de favoriser le choix d'un antibiotique ayant le moins d'effets secondaires. Le choix des antibiotiques doit être adapté au terrain de l'individu. Ce choix doit tenir compte des thérapeutiques associées, en particulier les anticoagulants. Les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes âgées doivent faire l'objet de précautions particulières en matière de prescription d'antibiotiques. En cas d'allergie survenant en cours de traitement, il est indispensable de changer de classe d'antibiotique.
Il est recommandé de favoriser le choix d'un antibiotique à spectre étroit pour éviter l'émergence des souches bactériennes résistantes.
En fonction de leur spectre d'activité, il est recommandé d'utiliser en première intention soit les pénicillines, soit les synergistines, soit les nitro-imidazolés en association, soit les macrolides.
Il n'y a pas lieu d'utiliser une association pénicilline A - acide clavulanique en première intention pour les infections dentaires rencontrées en pratique quotidienne chez le sujet présumé sain.
En cas d'échec du premier traitement antibiotique constaté par la persistance des signes cliniques, il est recommandé de changer l'antibiotique après 48 heures et de prescrire un antibiotique d'une autre classe thérapeutique ou un antibiotique de deuxième intention.
Pour certaines pathologies bucco-dentaires, une prescription d'antibiotiques ne suffit pas, un acte doit être associé.
Une antibiothérapie peut être instaurée en relais après une antibioprophylaxie lorsqu'un foyer infectieux local subsiste après l'acte.
Tout acte pouvant provoquer une effraction et/ou un saignement au niveau de la muqueuse buccale et/ou de la gencive doit faire l'objet de précautions toutes particulières chez le sujet à risque infectieux. L'antibioprophylaxie est obligatoire.
Le traitement de l'abcès collecté, inaccessible à la diffusion d'un antibiotique, est chirurgical. L'antibiothérapie est rarement indiquée.
Il est souhaitable de pratiquer un prélèvement bactériologique avant d'instaurer une antibiothérapie, dans les infections sévères et récidivantes. Il est indispensable de pratiquer un prélèvement bactériologique et histologique avant d'instaurer une antibiothérapie pour une ostéite. Il est indispensable de pratiquer un prélèvement bactériologique et histologique avant d'instaurer une antibiothérapie pour une actinomycose.
En l'absence de preuve scientifique, l'utilisation des matériaux permettant la diffusion lente d'antibiotiques ou d'antiseptiques n'est pas recommandée. Ces matériaux doivent être évalués avant d'être proposés à des patients.